Claude Ponti dévoile les Zéfirottes (à lire à plat ventre)


L’histoire de Paris est probablement le sujet qui a généré le plus de papier imprimé depuis l’invention du caractère mobile en plomb. Depuis une bonne paire de siècles, c’est même un déluge de publications les plus diverses, au point que François Valorbe, lorsqu’il eût à choisir un titre pour ses nouvelles, considéra que Napoléon et Paris (Le Terrain Vague, 1959) faisait la maille, étant donné que les livres consacrés à l’empereur se vendaient aussi bien que les livres consacrés à la capitale. Mal lui en prit, ce fut un flop.
Dans cette avalanche de pages noircies (Paris par ci, Paris par là), nul avant Claude PONTI n’avait encore songé à souligner l’importance d’une population discrète que seul un oeil de chat était en mesure de discerner, j’ai nommé les Zéfirottes. Oui, rien de moins.
Rien de moins car sans eux Paris n’existerait plus (vous avez bien lu, incrédule engeance !)
Et pourquoi ? Parce que

Les humains peuvent dessiner de belles architectures, mais ils sont incapables de les faire tenir debout.

Voilà qui coule de source (et on s’en doutait un peu depuis l’érection place de la Bastille de certaine grosse construction à façade biodégradable…) Mais aussi parce qu’il s’agit de tenir tous les bâtiments bien gonflés (et oui), et surtout, parce qu’une mauvaise herbe féroce recouvre la ville pour l’étouffer. Bigre.
Nourri de malicieux clins d’œil historiques (l’éléphant de la Bastille, Paris Robida, etc.), cet album de Claude Ponti restera à coup sûr dans les annales (d’une part) et dans l’esprit de ses jeunes et moins jeunes lecteurs (d’autre part).
Superbe fable sur un “monde d’en-dessous” que chérissent tant les enfants rêveurs — on pense aux Fraggles et à leurs compères, les industrieux Doozers —, La Nuit des Zéfirottes mérite d’entrer illico dans le corpus des oeuvres d’inspiration utopique, et d’intégrer, cela va de soi, la colossale bibliographie des Terres creuses (1).
D’aucuns y verront encore une métaphore de la résistance. A l’heure de la disparition de Lucie Aubrac — et de la réédition du Saint Alias de Loys Masson, le premier poète résistant, té ! —, ce combat souterrain et aérien contre l’envahisseur justifie, en effet, cette lecture, et une immense liesse finale aux mille bulles et éléphants volants colorés. Comme de juste.
Quoiqu’il en soit, il nous apparaît, ici, sur notre île, que Claude Ponti signe là ce qui pourrait bien être son album le plus impressionnant, son grand-oeuvre, sa cathédrale.
Parcourir, à plat ventre, ses pages magnifiquement illustrées et leurs somptueux dépliants à la recherche des mille et un détails — et retrouver tout à coup Blaise, le poussin masqué — vaut le plus passionnant des voyages.

Un conseil : achetez un bon gros coussin.



Claude PONTI La Nuit des Zéfirottes. — Paris, L’Ecole des loisirs, 2006, au moins 54 p. 24,50 €



Claude Ponti dialoguant avec “Le sorcier et ses 9 enfants” de Paul Amar (galerie Objet Trouvé), mars 2007.

(1) Joseph Altairac et Guy Costes, Les Terres creuses. Bibliographie commentée des mondes souterrains imaginaires (Encrage-Les Belles Lettres, 800 p., 60 €)

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