Hiératiques urbains

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Pour découvrir New York, John Freeman Gill a trouvé le coche : marcher le nez en l'air.
Déambuler en ne regardant pas sa route, c'est un coup à se ramasser quelques gamelles, mais c'est la seule façon de voir ce qui trône au sommet des immeubles anciens de la Grosse Pomme, ville changeante, toujours changeante, sans cesse changeante, sorte de Moloch qui se nourrit de lui-même.
On dit, par habitude, que la ville change toutes les dix ans. Il faut croire qu'on exagère, mais les enjeux immobiliers sont tels, et la pression économiques également, que les pâtés d'immeubles un peu anciens ne trouvent guère de salut : on détruit, on reconstruit, voyez caisse.
Cette tabula rasa permanente a ceci de problématique qu'elle n'offre aucun recours aux chefs-d'oeuvre de l'architecture qui sont inexorablement détruits et remplacés par des immeubles plus hauts, plus modernes, généralement moins décorés.
Hiératiques et silencieuses, les gargouilles, ornementations de façade et autres figures sculptées dans la pierre depuis deux siècles n'ont guère de défenseurs aussi militants que Griffin, treize ans, le narrateur de cette histoire, et son père rendu à peu près dingue par son obsession, préoccupé des pièces magnifiques du passé qu'il découpe, vole en cas de besoin, entraînant son fils dans des aventures scabreuses et même dangereuses.
Le roman est dépaysant. Il est aussi apparemment autobiographique. Les Chasseurs de gargouilles racontent la formation d'un jeune New-Yorkais devenu un esthète urbain, sensible à son environnement fragile, quoique de pierre, qui ne bénéficie pas de la sacro-sainte vitrification de nos propres villes "patrimonialisées", pas toujours à bon escient (on pense ici à Haussmann), qui pourraient sans doute aussi choisir la voie de l'architecture moderne et innovante.
Une certitude : un roman à lire avant d'aller visiter le MoMa.



John Freeman Gill Les Chasseurs de gargouilles. Traduit de l'américain par Anne-Sylvie Homassel. — Paris, Belfond, 444 pages, 21,90 €

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