Konbini

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Nous parlions il y a peu du "métier" auquel Georges Navel a donné de si belles pages, et des pages profondes, voici l'occasion d'en parler encore avec le roman de la Japonaise Sayaka Murata, qui évoque dans Konbini la vie de vendeuse en zone urbaine.
Un peu de terminologie pour commencer : "Konbini" est la nipposition de l'anglo-saxon "convenient store" (comme wisuki est la version japonaise de whisky). On dira supermarché chez nous, ou supérette pour être plus précis.
Le personnage de Sayaka Murata, Keiko Furukura est une trentenaire à part qui occupe un emploi de vendeuse en konbini (ouvert 24/24) à un âge où, d'habitude, on a trouvé l'occasion de fuir ce genre de boulot estudiantin. Mais Keiko n'a rien trouvé : ni métier qui l'attire, ni mec, ni grande destinée. Elle est à part, et depuis l'enfance, quoi qu'en ait ses proches. Et puis elle se plaît dans ce job. Elle aime son konbini, le "sent", elle a l'instinct du lieu, de sa fonction sociale.
En poste depuis dix-huit ans, elle subit les assauts de sa famille qui voudrait la voir mariée et mère, mais ces projets la laissent de marbre. Elle ne se plaît qu'en rouage efficace de son konbini.
Le nerf romanesque du livre suppose quelque tressaut dans la routine de Keiko et nous n'allons pas nous étendre dessus. Ce qui nous frappe, occidental insulaire que nous sommes, c'est tout à la fois le grand écart qui existe entre une part satirique ou contestataire que certains lecteurs prétendent trouver dans les pages de ce livre (qui serait une sorte de Stupeur et Tremblement nippon) et la part toute de sagesse et de satisfaction que son auteur déclare éprouvait en menant une vie humble mais raisonnable, sans aspirations démesurées ni ambitions qui mettraient à mal un équilibre difficile à acquérir.
Au fond, plus qu'une charge contre la vie professionnelle déclassante, que jamais l'auteur ou son personnage ne dénigre, Konbini paraît être plutôt une leçon de sagesse à l'ère du Plastique Régnant.
Comme un vieux moine zen, Sayaka Murata nous dit avec élégance, honnêteté et simplicité, "Nous sommes peu de choses. Cessons de prétendre le contraire et sachons nous contenter du peu qui nous est offert sans souffrance."
Sayaka Murata travaille elle-même dans un konbini et n'a pas suitté son poste malgré le grand succès de son livre au Japon.





Sayaka Murata Konbini traduit du japonais par Mathilde Tamae-Bouhon. - Paris, Denoël, 128 pages, 16,50 €

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