Le livre des choses

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Depuis la disparition de Tomaž Šalamun en décembre 2014, on se demandait qu’elle nouvel aède nous proposerait la douce nation slovène. On peut raisonnablement croire avec le traducteur Guillaume Métayer qu’Aleš Šteger (prononcer Alech Chteger) a des choses à nous dire. Son Livre des choses est une sorte d’orbis pictus formant galerie de la lettre « A » jusqu’à « Bougie » en passant par « Bandage », « Salive », « fourmi » ou « Cure-dent ». C’est une anthropologie par le détail où le poète, attaché à nous parler du rapport que nous entretenons avec les produits manufacturés ou les créations naturelles, devient le lecteur des interfaces, comme en ce poème des « Chaussures», « Messagers bruissant entre toi/ et le monde, dont les traces mutuellement s’effacent. »
Chacune des pièces est intitulé d’un seul mot, renvoyant naturellement le lecteur français à Francis Ponge dont la poétique n’est pas exactement la même que celle de Šteger. Ce dernier se montrant plus détendu et plus enclin à lier dans sa prospection des éléments de l’anecdote. Histoire récente et actualité exsudent de ses vers, de même que son récit personnel, voire celui de personnages dont il introduit l’existence dans ses objets-même. « Vient le jour où la corde s’élève en un silence somnolent./ Comme un fakir tu grimpes hors de toi-même. » On ne trouve donc pas chez le Slovène le souci de faire coïncider la forme et le fond dans l’exercice millimétrique de l’amateur d’orange travaillant son poème comme on découpe le fruit pour en atteindre le taillon. Chez Šteger, le naturel relève plutôt des accumulations d’un chineur de soi-même. Et il est loin aussi d’un Georges Perec disant le consumérisme (Les Choses, Julliard, « Lettres nouvelles », 1965) dans une angoisse de la frustration qui n’existe pas chez lui. Qu’il évoque la guerre dans « Couteaux » ou la souffrance dans « Bandage », Šteger ne perd jamais son flegme, son humour, et cette façon de penser dans les coins qui promet d’autres réussites. Cum grano sali, évidemment.



Ales Šteger Le Livre des choses. Traduit du slovène par Guillaume Métayer. - Circé 86 pages, 12 €

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