On-va-tous-périr et le prêt-à-survivre

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Sujet d'actualité, les transformations du monde ont de quoi angoisser. D'autant que nos édiles, englués qu'ils sont dans leurs relations et baignant dans des valeurs délétères promues par les dites relations sont incapables de penser avec lucidité. On le voit chaque jour. Un enfant de six ans trouverait utile de changer quelque chose au dispositif, surtout pas nos élus convaincus qu'ils prêchent le vrai en prêchant le ni/ni, une fausse tempérance qui serait basé sur un habitus équilibré de la raison... mais quelle raison ?
Certains petits malins ont conçu en réaction à l'attentisme des autorités et à la négation (contre toute rationalité) des problèmes une attitude ou plus agressive ou plus protectrice. En tout cas, une prise en main qui les conduit à jauger différemment les "risques" et l'hypothèse de leur surgissement. On les appelle les survivalistes et ils sont parfois croquignolets.
Paranoïaques, ou à tendance paranoïaque, ces êtres convaincus que le ciel va nous tomber sur la tête se préparent à une fin de la civilisation, accumulent des boîtes de conserve et de l'eau, s'entraînent à réparer un moteur et à creuser des fosses sceptiques, à construire des habitations en bois, à résister physiquement à des épreuves de plus en plus difficiles, bref, ils aspirent à un retour à la nature qui leur permettrait de prouver qu'ils avaient raison, et qu'ils étaient prêts.
Bien sûr, tout cela repose sur un scepticisme profond, une perte de foi dans la vie sociale et sur tout un tas de pensers sympathiques pour leurs contemporains. Mais passons.
Le sociologue Bertrand Vidal vient de publier un livre passionnant sur le cas des survivalistes, un groupe qui n'est plus seulement composé d'affreux fachos comme autrefois mais d'une population de plus en plus variée, en particulier du côté des catégories socio-professionnelles les plus huppées. Vidal nous apprend par exemple qu'une société française est l'une des toutes premières sur le marché de construction de maisons autonomes et fortifiées, implantées en particulier, pour les grandes fortunes, en Nouvelle-Zélande. Une île, si l'on ne se trompe, qui doit donc disposer d'un petit moteur à hélice pour échapper aux sept cercles... ou d'un talisman spécial...
Cet essai qui se lit dans un seul mouvement vous évoquera sans cesse le dernier film de zombi que vous avez visionné. C'est normal. Il apporte en outre un nombre de détails passionnants sur les usages et mentalités du milieu et ces acronymes absolument délicieux qui ont surgi avec le temps sur la toile (véritable berceau du survivalisme moderne). Songez un peu que vous ignorez encore ce que sont : TEOTWAWKI (The End Of The Word As We Know It (synonyme WTHTF), Wrol, RSF (réseau survivaliste francophone), VSK, PCE/PCR, BAD, BIB, BOB, RAM, BUG, GHB, MBR, OTG... On se croirait à l'armée... Reste que Bertrand Vidal soulève un point essentiel : ces survivalistes, qui attendent un peu d'action (la fin d'un monde) en se rendant forts comme des Turcs plongés dans l'eau glaciale des rivières sibériennes et qui se croient capables de supporter la solitude dans leurs tanières très bien protégées, réclament au fond un "enromancement" du monde. De l'action et du récit en somme.
Il y a longtemps que l'on sait que la vie de consommateur est d'un désespérant achevé.



Bertrand Vidal Survivalisme. Êtes-vous prêts pour la fin du monde ? Paris, Arkhê, 216 pages, 18,90 €


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