Quelle est ta montagne ?

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(...)
Vers la fin du cycle des discours dan la wharenui ce jour-là, il y a eu un brouhaha près de la porte. C’était Noddy, qui criait dans la maison le nom du diable. Il donnait des coups de pied pour enlever ses bottes avant d’entrer et agitait les mains, hachant l’air comme s’il séparait la toison du cadacre d’un mouton abattu. Ses yeux étaient deux boules de feu. Sa poitrine nue frissonnait et la peau sombre ruisselait de sueur, on aurait dit du métal fondu. Mon père, assis près de la porte, et la soeur de Noddy qui l’avait suivi en courant, lui ont saisi un bras chacun pour le forcer à se retourner et l’emmener. Une fois leurs mains sur lui, il s'est calmé.
Après leur départ, le mihimihi a repris dans la maison. Dans les discours suivants, pour mettre les visiteurs au courant, la situation difficile de Noddy a été expliquée.
Le lendemain, après la cérémonie du mariage, tout le monde s’est rassemblé sous le chapiteau pour accompagner d’un chant la procession des mariés jusqu’à leurs places à la table centrale. Les quatre murs de la tente étaient ornés de frondes de ponga et de fleurs, les tables recouvertes de nappes blanches. Alors que nous nous asseyions, une chaîne de serveurs s’est formée, des plats passaient des tentes où se faisait la cuisine pour trouver leur place sur les tables. il y avait à manger tout ce que l’on aurait pu imaginer. Noddy avait travaillé dehors toute la matinée à aider ceux qui descendaient les mets du hängi, et je savait qu’il avait donné un coup de main pour déterrer la nourriture et porter les paniers dans les tentes où elle tait disposée dans de gros bols.
Le repas d’entrecoupait de discours et lorsque Chappy s’est levé en tant que père de la mariée il ya eu un nouvel incident.
Chappy avait à peine commencé à parler que Noddy est passé par une des fentes du chapiteau derrière notre table. Il a saisi des deux mains le cou de Chappy et a commencé à l’étrangler. J’ai mis toute ma force pour lui faire lâcher prise. Cela fait, j’ai entouré Noddy de mes bras, le serrant fort pour l’empêcher de bouger, puis je lui ai parlé pour le calmer. Au lieu de le faire sortir ou de le laisser emmener, j’ai demandé une chaise et l’ai fait s’asseoir à mes côtés.
Pendant ce temps, Chappy buvait de l’eau tandis que ma mère et Oriwia l’éventaient et le scrutaient, le regard anxieux. Il était pâle et portait des marques au cou, mais il s’est bientôt levé et a repris son discours : « Comme je le disais tout à l’heure... », a-t-il lancé.
Ce qui a provoqué des rires, aboyés, hurlés et martelés. (...)


Romancière remarquable de Nouvelle-Zélande, Patricia Grace n’est pas une nouvelle venue sur l’Alamblog. ses « Papillons » vous avaient été particulièrement loués, et il se peut que ses autres livres vous soient depuis passés entre les mains. Notamment parce que son éditeur français, Au Vent des îles est notablement diffusé dans l’Hexagone, quoi domicilié dans les îles...
Ces îles dont les populations brassées par le temps et par les guerres sont à la recherche de leur identité. C’est en particulier le sujet de son roman traduit le plus récemment : Chappy.
Il est demandé à certains de ses personnages ''ko wai töna awa ? Ko wai na tïpuna ? Ko wai töna ingoa ? Ko wai ia ?’’, Quels sont ta montagne, ta rivière, tes ancêtres, ton nom ? toutes choses sur lesquelles nous pourrions chacun enquêter...
Publié l’an dernier, ce livre a des mérites qui lui font effacer bien facilement l’actualité. Quant à son auteur, Patricia Grace, il serait bon qu’on la lise un peu plus en métropole.


Patricia Grace Chappy, roman traduit du néo-zélandais par Jean Anderson et Marie-Laure Vuaille-Barcan. — Pirae (Tahiti), Au vent des îles, 309 pages, 19 €

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