Gare à la bombe de Chesterton

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De nouvelles traductions rafraîchissent les classiques anglais et nous donnent l'envie de les redécouvrir. Double gain, plaisir renouvelé.
On parlera sous peu de la nouvelle version du Maître de Ballantrae de Master Stevenson, traduit et annoté par Jean-Pierre Naugrette (qui nous fait commettre une infidélité à Théo Varlet, il fallait bien que cela arrive...), pour l'heure portons-nous sur la question anarchiste avec L'Homme qu'on appelait Jeudi - Un cauchemar de Gilbert Keith Chesterton, auteur qu'onne présente plus.
La question anarchiste... elle a, après l'Affaire Dreyfus, envahi les esprits, fait parler les parleurs et justifié le développement de la police bertillonesque. Sans parler des romances journalistiques.
S'attaquant à la question de la contestation de l'ordre établi, Chesterton tresse un thriller qui mêle suspens et présentations de l'Idée en une surprenante succession de scènes qu'on dirait tournées par Fritz Lang. Fort en images, d'un style de poète vigoureux (ses ciels, en particulier dans les premières pages, du livre sont d'anthologie), rigoureux dans ses explications philosophiques et sans cesse sur le fil de l'humour, il ne lâche pas un instant sa trame romanesque, bondissant et rebondissant, traînant le lecteur comme un comparse qui ne craint pas les coups du sort. Et qui se laisse bien volontiers faire...
Ce Jeudi-ci rejoint au panthéon de la littérature consacrée à l'anarchie quelques russes très célèbres, et puis Arthur Conan Doyle et ses nihilistes (Mission secrète : une nuit d'angoisse), Avec le feu de Victor Barrucand le plus panoramique qui soit mais le plus méconnu, et puis, bien sûr, ce gros bavard de Voleur de Darien, roi de la tartine. Dans le genre apologue, Chesterton évoque aussi par quelque bout du paradoxe le fameux Banquier anarchiste de Pessoa et il n'aura échappé à personne ses clins d'oeil à l'actualité anarchiste française, avec les "vagues humanités" de Tailhade (p. 30) et même la barbichette de Félix Fénéon (p. 91).
Comme la fameuse Centrale d'énergie de John Buchan, un Comité des sept jours de la semaine fomente... Le complotisme, déjà, excitait tout le monde... Mais ne dévoilons rien des surprises de Chesterton.

Il frissonna en se rappelant soudain ce qu'il en était de cet anarchisme en réalité. Pourtant, même le frisson avait quelque chose de rassurant. Le vin, la nourriture simple, l'endroit familier, les visages de ces hommes normaux et bavards lui donnèrent presque l'impression que le Comité des Sept Jours n'avait été qu'un mauvais rêve. Il avait beau savoir qu'il s'agissait de la pure réalité, cette dernière avait le mérite d'être lointaine. Les hauts immeubles et les rues pleines de monde le séparaient de sa dernière vision des sept hommes infâmes. IL était libre dans un Londres libre, buvant du vin parmi les hommes libres. D'un geste qui sembla en quelque sorte plus confiant, il prit son chapeau et sa canne puis descendit les escaliers vers la salle du rez-de-chaussée.


Pour finir, méditons cette subtile remarque de Chesterton :

Sans la présence de saint Georges, le dragon n'aurait rien de grotesque.





Gilbert Keith Chesterton L'Homme qu'on appelait Jeudi : un cauchemar. Nouvelle traduction de l'anglais par Marie Berne. illustrations de Laurent Bourlaud. - L'Arbre vengeur, 299 pages, 18 €


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