L'heure qui précède l'aurore

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L'heure qui précède l'aurore est, à mon sens, accordée à l'homme en échange du bonheur vulgaire qui fait que les gens dorment le matin comme des morts, après avoir joui d'une rapprochement intime ou, au contraire, après s'être tourmentés l'un l'autre par des reproches, des jalousies, des pressentiments sombres, menaçants, ou bien par les cris d'un enfant malade. Cette alternance ordinaire de douleur et de joie se produit également en moi, mais c'est là ce qui fait le bonheur domestique, tandis qu'à l'heure qui précède l'aurore, et qui m'est accordée en échange de ce bonheur, je m'unis à toutes les forces de la nature et j'accomplis invisiblement cette oeuvre commune qui fait que les gens heureux, réveillés dans les rayons du soleil, s'écrient enthousiasmés : "Oh, quelle belle matinée !"



Mikhaïl Prichvine Ginseng, la racine de vie (1933), traduit du russe par G. Welter. - Paris, Payot, 1946, 304 pages. Une nouvelle traduction par Yves Gauthier a vu le jour chez Noir sur Blanc en 2022. Une nouvelle version de Ginseng paraîtra prochainement chez Corti.



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