Marseille, par un Bulgare symboliste

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Belle et audacieuse anthologie de la poésie symboliste bulgare aux éditions du Soupirail.
Pour vous en donner une idée, au fil des jours, un poème par poète retenu.
Leurs noms ? Pentcho Slaveykov, Ivan Andreytchine, Peyo Yavorov, Dimitar Boyadjiev, Teodor Trayanov, Sirak Skitnik, Ven. Tin., Ekaterina Nentcheva, Nikolaï Liliev, Emanuouïl Popodimitroc, Dora Gabé, Dimtcho Debelianov, Christo Yassenov, Christo Smirnencki. Aujourd'hui, ce poème de Dimitar Boyadjiev (1880-1911), poète au parcours sans cesse changeant, suicidé lui aussi :


Marseille

Dans le tumulte de la rue, amèrement égaré, sidéré,

en proie à de tristes pensées, désespéré et impuissant,
je percevais, étonné, les miasmes et le grondement
de cette ville terrible qui tous les vices a abrités.
Je ne savais ce que je cherchais dans cette cohue !
Un chagrin submergeait mon a^me telle une marée
comme si une bête me poursuivait à bride abattue,
pas à pas, sans que je sache comment me consoler.


Partout, je ne voyais que de la débauche et des peines.
Autrefois, cette terre était foulée par les Phéniciens.
Après des millénaires, la ville est toujours pleine
de commerçants et d'assassins ! Sur le chemin urbain,
le ciel est un ruban étoilé, mais personne pour lever
les yeux ! Parmi les lumières insolentes des gargotes,
tout le monde cherche dans l'absinthe à se consoler
ou dans le rire en pleurs des cocottes.


De sombres va-nu-pieds entonnent une ville chanson,
tocsin de désespoir mortel aux sons cuivrés.
Ici, des gens repus, gais et abrutis ; là, des afflictions,
des coeurs farouches, et là-bas, deux lesbiennes anémiées,
tendrement serrées, cherchant miséricorde et réconfort
l'une auprès de l'autre... Et, tel un rêve mauvais,
des pensées cruelles et furieuses m'ont pressé fort :
ce jour-là, le maître et l'esclave furent à égalité !


J'étais ce jour)là saturé de toutes ls choses vaines.
Sans aucun espoir de refuge auprès d'un ami,
je trouvais factices toutes les joies, toutes les peines,
Et j'errais par les rues tristes et infâmes, tout blêmi,
perdu dans un gouffre d'une glaciale indifférence.
La vie me paraissait presque comme un mensonge
et mon âme était si absurdement dénuée de sens
que l'idée de mort me tentait comme un songe.


Une bouffée de chagrin a soudain assombri
mes jours et les souvenirs précieusement gardés.
Je ne voulais pas même me rappeler les yeux chéris
de ma compagne ni cet autre rêve qui promet
un avenir à mon coeur, me poussant sans répit
à la ténacité pour cheminer, heure après heure,
vers les gouffres de la nuit... Et de mes yeux flapis
je voyais s'éteindre mes folles envies de bonheur.


Et la vie m'est chère ! Les choses chéries
du passé ou bien des temps rêvés,
l'azur du jour et les songes bien aimés de la nuit,
la femme douce à qui j'offre une baiser.
Je les ai reçus avec une joie toujours vive.
Et lorsque j'étais fatigué et accablé
je me contenais d'un lointain sourire
ou du parfum d'un oeillet couvert de rosée



Krassimir Kavaldjiev (dir.) Des âmes vagabondes. Anthologie de poètes symbolistes bulgares. Choix des poèmes, notices et traduction par Krassimir Kavaldhiev. Avant-propos de Werner Lambersy. Postface de Yordan Eftimov. — Le Soupirail, 2020, 25 €




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