Les Tortues (chapitre IV)

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Il est des journées d'avant-drame qui sont pires que le plein drame. Quelque chose vous guette dans le dos ; vous vous retournez, il n'y a rien. Mais à peine avez-vous repris votre position que cela du même mouvement reprend aussi sa place. Puis, sournoisement, cela glisse, va vers la droite mais toujours un peu en retrait, caché — vous regardez à droite, tout aussitôt c'est votre côté gauche qui est assiégé. Vous êtes accompagné, suivi, très nettement assiégé ; on suppute votre résistance, vos ressources de santé, de chance ; et soudain il y a cette sensation que quelqu'un d'énorme a ri. La sensation, car ce rire vous ne l'avez pas entendu : c'est seulement comm un long biseau de cristal qu'on vous promène sur la nuque. Et voilà que vous devenez deux en vous, comm à un signe — l'home premier, celui qui jusque)là était le vrai, lentement dissous par l'autre qui, lui, est déjà dans l'avenir, dans l'orage qui monte. Heure après heure il s'y installe. Il prépare les poisons, dessine les chemins de la foudre. Au soir il se croisera les bras, sa besogne achevée ; et alors, en vous, ce qui reste de vous, une sorte de fantôme écrasé, étiré, s'affole — et il n'y a pas de porte...
(...)





Loys Masson Les Tortues. — Talence, L'Arbre vengeur, 2021, « L’Alambic », 306 pages, 17 €

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