Mot-clé - Nice

Fil des billets - Fil des commentaires

Paganini

SpectrePaganini.jpg

SpectrePaganini.jpg



Me voilà à Nice, dans cette bourgade du soleil et des fleurs où Paganini est venu mourir, quand ce cygne effaré d'amour se lassa d'être Orphée dans un temps où les rochers se soucient médiocrement de venir écouter les modulations du luth, et où les tigres ne se dérangent pas non plus, si ce n'est pour venir dévorer le poëte lui-même. Hélas ! il est brisé à jamais, cet œuf mystérieux de Léda en qui s'agitaient unies les deux créations ; elle a été emportée par le torrent glacé, cette lyre qui faisait frissonner et frémir une seule âme dans le sein des hommes et dans le feuillage échevelé des plantes. Les lions de l'Atlas n'aiment pas la musique; et nous, comme des virtuoses blessés dans leur amour-propre, nous leur envoyons des balles cylindriques, dont le plomb s'éparpille en mille éclats fulminants dans le gouffre de leurs entrailles. Ah ! sans doute, les poëtes lyriques ont imaginé là un admirable moyen de combattre l'indifférence des bêtes fauves en matière d'art; mais ce moyen ingénieux et sûr, comment feront-ils pour l'appliquer à l'indifférence des petits journaux et des éditeurs, et aussi à la méchante humeur de la bien-aimée ? Le lieutenant de spahis Gérard a vengé de la froideur des lions ceux qui succèdent, tant bien que mal, à l'harmonieux époux d'Eurydice ; mais qui vengera Balzac de certains articles modérés ? Qui vengera le poëte d'Atta Troll des dédains de la petite Juliette, qui posait ses pieds blancs comme des lis sur la fourrure du monstre héroïque si cruellement mis à trépas par le silencieux Lascaro, par le fils mort de la sorcière ?

Lire la suite

Haut de page