Georges Imann et son Enjoué

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L'Enjoué

M. Georges Imann, qui durant la guerre a vécu de longs mois en Suisse dans ce milieu de réfugiés russes qu'il a décrit dans Les Nocturnes, a su dégager puis accueillir dans son œuvre ce génie russe qu'il a mieux que d'autres compris en comparant, les personnages vivants qui préparèrent la plus étrange et la plus lente des révolutions avec ces personnages éternels qui, dans les romans de Tourguenev et de Dostoievsky, attendent non pas avec résignation, mais avec attention et respect, une souffrance inévitable.
Fort heureusement, l'Enjoué n'est pas un « roman russe ». Sans doute peut-on, avec un prince ivrogne, un nihiliste, une jeune fille qui attend derrière une fenêtre, un étang, une lisière de bouleaux et une troïka lancée sur une piste de glace, fabriquer un roman qui fasse roman russe. Mais il faut le talent le plus énergique et le plus mesuré pour écrire une œuvre où seulement dans son atmosphère s'étend une influence librement consentie par un écrivain qui .a su rejeter tous les tics et procédés du modèle. Tourgueniev n'avait-il pas du génie, quand après avoir composé ses Récits' d'un chasseur, ayant lu et assimilé Balzac, il écrivait son chef-d'oeuvre Dimitri Boudine (1) ?
Il serait fort curieux d'ailleurs, dans une plus longue étude, d'examiner les mutuelles concessions que se sont faites dans cette œuvre l'influence russe et l'influence Latine. Il ne faut pas croire que l'Enjoué (Stephan Eptarine Simeonovitch) est une victime de la fatalité russe. M. Georges Imann a pris cette précaution de signaler dans un avant-propos qu'il s'est appliqué à mettre en valeur les détails qui lui ont paru présenter un intérêt plus strictement médical.
M. Imann étudie, en effet, un cas d'imagination perverse et déréglée, il nous explique comment se développe dans un cerveau l'obsession de la mort, le goût du cadavre, sous l'action de ce terrible révélateur qu'est l'ivrognerie. Il nous dit comment dans ce taudis, où s'accomplissent d'innommables orgies, ce tragique enjoué, qui a longtemps voituré les cadavres de la morgue, convie « fraternellement à boire » une femme que lentement il empoisonne pour en mieux désirer peut-être le cadavre ; comment sa belle-fille, une petite fille de douze ans, découvre la haine ou la pitié qu'elle éprouve pour sa mère, comment elle accepte de lentement se laisser désirer et entraîner dans un décor macabre pour mieux satisfaire à l'obsession de l'enjoué.
Les pages où M. Georges Imann a décrit l'agonie de la mère, où la jeune fille réalise que pour satisfaire à son désir, l'enjoué déjà s'apprête à faire d'elle un cadavre, ne sont pas indignes des plus belles pages de Chfchedrine et de Tourgueniev.
J. G.

(1) Dont la Librairie Stock vient de donner une excellente traduction.



Les Nouvelles littéraires, 10 mars 1923/

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